?thique - Philosophie - Esthétique, Langues

08210013 - Textes philosophiques en langue étrangère - Latin

Niveau de dipl?me
Crédits ECTS 1
Volume horaire total 15
Volume horaire TD 15

Responsables

Contenu

Licence 3 - Semestre 6 - MAJEURE Philosophie - UE Transversale - Année universitaire 2025-2026

Enseignant :
Christian GIRARD

Titre du cours : Cicéron, De l’orateur (De oratore), Livre I

Programme du cours :
Dans De l’orateur, Cicéron reconduit l’effort de réhabilitation de l’art de persuader engagé par Aristote dans sa Rhétorique. En effet, il refuse d’entériner le divorce prononcé par Platon, dans le Gorgias et le Phèdre, entre la rhétorique qui serait un art du mensonge et la philosophie qui serait la science du vrai et du bien. Comme le Stagirite, il refuse la théorie des Idées et estime que, dans les affaires publiques qui requièrent la délibération et l’adhésion des interlocuteurs, il faut composer avec la diversité des opinions et miser sur une rationalité plus probabiliste qu’apodictique.

Cependant, si Cicéron s’inspire par plus d’un trait du plaidoyer d’Aristote en faveur de l’art oratoire, son propos ne relève pas de la même inspiration et il ne vise pas la même finalité. Le Stagirite examine la rhétorique en philosophe : ce qui l’intéresse, au premier chef, c’est d’établir une théorie générale de la parole vraisemblable et efficace qui ne se réduise pas à quelques préceptes empiriques. Cicéron, quant à lui, envisage l’éloquence en orateur : moins soucieux de théorie que de pratique, il veut délivrer une réflexion nourrie de toutes les expériences qu’il a pu faire au tribunal ou à la Curie pour dresser le portrait de l’orateur idéal, clé de voute indispensable pour la préservation de l’édifice républicain.

? ce titre, il s’inquiète moins des méfaits dont pourrait être justiciable l’art de persuader, quand on en fait un mauvais usage, que des services salutaires qu’il peut rendre, quand on  ma?trise toute la panoplie de son efficacité vertueuse. Ainsi s’il admet avec le champion des sophistes, Gorgias, que l’éloquence n’est pas un savoir, mais une croyance, que l’orateur est plus convaincant que l’expert, que le savoir convoqué dans les discours relève plus de la culture générale que d’une véritable ma?trise des principes, c’est moins pour s’en inquiéter comme Platon, que pour s’en réjouir. En effet, c’est parce qu’elle n’est pas une science que la rhétorique s’adresse à tous et qu’elle est un art, c’est parce que les délibérations publiques traitent de sujets qui peuvent être aussi bien affirmés que niés qu’on a recours aux athlètes de la persuasion, et c’est parce que l’orateur a une culture universelle qu’il ne peut rien conna?tre de manière infaillible.

Le livre I du dialogue oppose deux orateurs dont l’existence historique est attestée une génération avant Cicéron : Crassus et Antoine. Le premier est le porte-parole de Cicéron : il défend la figure de l’orateur idéal pétri de philosophie, doté d’une culture universelle  et doué d’une éloquence irrésistible. Le second est à la fois le représentant des techniciens laborieux fustigés par Aristote et des Romains traditionalistes qui se méfient  du rationalisme grec, parce qu’il fleurterait tendancieusement avec l’universalisme et aurait un go?t trop prononcé pour la contemplation.

Paradoxalement, et c’est là la plus grande originalité de l’?uvre, Cicéron réussit à dépasser l’antinomie platonicienne entre illusion sophistique et vérité philosophique en inventant un ? formalisme éthique ? d’inspiration platonicienne : l’éloquence ne peut être découplée de la philosophie, comme l’illusion le serait de la réalité, parce que l’elocutio de l’orateur révèle son ethos, garant lui-même du vrai. L’éloquence n’est pas un artifice, mais une vertu performative : l’éclat du discours révèle sa justice et sa rectitude. Or, pour parler en termes contemporains, la résolution de l’éthique dans l’esthétique – l’affirmation que la morale, c’est le style ? n’implique-t-elle pas l’identification platonicienne du bien au beau et le présupposé que la beauté sensible fait signe vers un ordre harmonieux qui l’excède ?
 
Le TD sera l’occasion d’aborder les questions suivantes :
 
  • Les rapports entre l’éloquence et la philosophie
  • Le retournement axiologique des arguments du Gorgias
  • Les qualités et la formation de l’orateur idéal
  • L’importance du droit
  • Argumenter in utramque partem
 
Le cours consistera en une lecture suivie du livre I du De oratore. Les textes latins et leur vocabulaire seront distribués lors du premier cours.

Bibliographie

L’édition de référence sera :
 
Courbaud E., Cicéron. De l’orateur, Livre I, Paris, Les Belles Lettres.
 
Le texte est disponible en ligne dans une traduction ancienne :
https://remacle.org/bloodwolf/orateurs/oratore1.htm
 
Bibliographie complémentaire :
 
En priorité :
  • Platon, Gorgias, traduction par M. Canto-Sperber, Paris, Flammarion, GF, 1993.
  • Platon, Phèdre, traduction par L. Brisson, Paris, Flammarion, GF, 1989.
  • Aristote, Rhétorique, traduction par P. Chiron, Paris, Flammarion, GF, 2007.
 
En complément :
  • André J.-M, La philosophie à Rome, PUF, Paris, 1977.
  • Lévy C., Cicero Academicus, Recherches sur les Académiques et sur la philosophie cicéronienne, Rome, 1992.
  • Michel A., Les rapports de la rhétorique et de la philosophie dans l’?uvre de Cicéron, Bibliothèque d’études classiques, Leuven, Peeters, 2003.

Contr?les des connaissances

Contr?le continu (CC).

Le cours consistera en une lecture suivie du livre I du De oratore. Les textes latins et leur vocabulaire seront distribués lors du premier cours. Chaque semaine sera traduit et commenté un texte d’une vingtaine de lignes. ? partir du deuxième cours, les étudiants auront un contr?le sur le vocabulaire du texte étudié lors du cours précédent (20 mots). En fin de semestre, ils devront être capables de retraduire seuls l’intégralité des textes étudiés.

L’évaluation finale consistera en l’analyse, guidée par des questions, d’un texte du livre I du De oratore en version originale, accompagné de sa traduction. Les étudiants, devront proposer un commentaire philosophique du texte, en mobilisant connaissances acquises pendant le cours et réflexion personnelle.

Formations dont fait partie ce cours